La meilleure méthode pour devenir un pigiste riche

Publié le par Laure.

 

L’argent est tabou chez les journalistes, c’est bien connu. Pourtant, être indépendant c’est gagner sa croûte par soi même ! J’ai étonnamment trouvé sous la plume de l’auteur japonais Haruki Murakami, dans « Danse, danse, danse », traduit par Corinne Atlan, quelques clés de la richesse du journaliste ou rédacteur indépendant.

 

Le personnage ex publicitaire (un détail qui a son importance ;-) est en manque de boulot et décide de relancer son carnet d’adresses pour se réintégrer dans la vie active. Le voilà qui se met, sans l’avoir précisément demandé, à rédiger des articles « bouche trou pour brochures d’entreprise ou magazines de relations publiques. » Sa réputation de rédacteur acceptant tout, quel que soit le prix et le désintérêt du travail demandé, le conduise aussi à faire de la presse, en particulier féminine.

Voilà la vision de son nouveau métier : « La moitié – au bas mot – des articles que je devais écrire ne voulait rien dire et ne pouvait être utile à personne. C’était vraiment gâcher de l’encre et du papier (…). Dépourvu de toute ambition et de tout espoir, je me contentais de faire jusqu’au bout, systématiquement, ce qu’on me disait de faire. Pour être franc, il m’arrivait de me demander si je n’étais pas en train de gâcher ma précieuse existence. Mais je parvenais toujours à cette conclusion : il était absurde de me plaindre de gâcher ma vie alors que je gâchai moi-même tant d’encre et de pulpe de bois. Après tout, on vivait dans une société capitaliste de consommation à haut rendement, où le gâchis était la plus grande vertu. »
A propos de la presse féminine, le personnage relate aussi son expérience « d’interviews » d’artistes : les interviewés répondent tous la même chose, leurs managers exigent les questions avant la rencontre, et on se demande s’ils sont capables de s’exprimer seuls.


Conclusion de cette pratique systématique et minutieuse du métier de rédacteur - le personnage est consciencieux et tente de mener de vraies enquêtes approfondies avant de livrer ses articles - : un emploi du temps surchargé et de l’argent qui s’entasse sur son compte en banque. Murakami donne en filigrane pendant les deux ou trois pages consacrées à ce descriptif (tout ceci est anecdotique dans le livre) quelques pistes précieuses pour devenir un pigiste riche...

 

  • Première clé : soigner sa réputation. Et ça se fait à force de professionnalisme associé à la rapidité d’exécution et à un enthousiasme relatif. « Je n’étais pas difficile et acceptais tout ce qu’on me demandait, je rendais mes articles en temps voulu, ne protestais jamais quoi qu’il arrive, et j’écrivais lisiblement. »
  • Seconde clé : faire du hors presse, souvent bien mieux rémunéré que la presse : de la rédaction pour des journaux internes ou clients, des livres blancs, voire du publi reportage. Autant de missions souvent ennuyeuses à mourir, non valorisantes mais parfois financièrement très alléchantes. Car pour une fois, l’argent n’est pas tabou : on peut négocier le prix et les modalités de réalisation (là pour le coup le personnage de Murakami ne négocie jamais).
  • Troisième clé : devenir indispensable. Le pigiste expert par exemple a souvent un compte en banque confortable. Grand connaisseur d’une thématique, incollable sur tels types d’actualité, vous voilà le référent d’un ou de plusieurs journaux sur une thématique, The specialist. Une autre manière de se transformer en intervenant indispensable : accepter les sujets les plus rugueux, ceux dont personne ne veut ! « Tous les articles pour lesquels on ne trouvait personne me revenaient invariablement. Tous les trucs compliqués et susceptibles d’amener des ennuis. J’avais acquis au sein de la société un statut comparable à celui d’un casse de voitures situé à la périphérie de la ville. Quand quelque chose ne marchait pas, on venait le jeter chez moi. »
  • Et voilà que s'ouvre le sésame de la richesse : la fidélisation ! « Je prenais des rendez-vous avec beaucoup de gens,je déjeunais avec eux, ils étaient trés aimables avec moi, et me promettaient davantage de travail à l'avenir

Bien sûr je vous souhaite de devenir l’expert que tout le monde s’arrache en presse, à l’œil alerte et la liberté respectée quoi qu’il fasse et demande. Mais en cas de crise financière personnelle, il vous reste en option de revêtir l’habit ponctuel de l’exécutant efficace non rebuté par des sujets et publications lus par personne ;-) Non, toujours pas tenté ?
Laure.

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Duringer 19/11/2008 10:26

Bien inquiétant tout cela !!! Bientôt des cyberjournalistes avec de l'intelligence artificielle ??? (c'est mieux, car on contrôle les programmes). Bon je rigole, mais y réfléchir je crois avoir entendu parler de programmes qui compilent de l'info sur internet afin de fournir une synthèse élégante sur un thème...