Lundi 29 mars 2010 1 29 /03 /Mars /2010 16:42

Vous vous souvenez de la dernière séance, lancinante, d’Eddy Mitchell ? Nous y voilà nous aussi. Les pigistes de l’écrit s’éteignent, le modèle est fini, la presse papier s’étouffe. Je ne suis pas du genre mélancolique mais à force d’entendre chaque jour le même discours je me laisse prendre par le refrain : le journal va mal, on a peur de mettre la clé sous la porte, il n’y a plus de pub, il n’y a plus de lecteurs, il n’y a plus de budgets. C’est le blues du pigiste, celui de l’ancien modèle, de l’écrit classique. Même le meilleur des réseaux ne préserve plus de la dé-pression qui s’abat sur la presse écrite depuis le début de l’année.

Pourtant, cela fait belle lurette qu’on avait prévenu les journaux. Non, non, Internet n’était pas qu’une passade… Oui, oui, les lecteurs vont prendre leur indépendance. L’ont-ils compris, même aujourd’hui ? A regarder leurs investissements, parfois quasi nuls, dans des sites comme Facebook, on peut sérieusement se poser la question alors que les audiences des journaux en ligne sont de plus en plus composées de lecteurs ponctuels, cliquant sur des liens proposés par leurs amis et réseaux.
Le Monde sur Facebook gagne la palme française avec 49 400 fans, suivi du Figaro, avec 12 700 fans. Liberation est seulement à 8100 fans ! Et Rue 89 avec sa jeune marque 12300. Le comparatif avec le nombre de fans Facebook du New York Times témoigne du fossé : 560 000.

Le gratuit aussi participe au mouvement de repli de la presse écrite. Il ne s’agit pas de taper sur la presse gratuite, en opposition à la payante. Mais de simplement constater comment, dans les habitudes de tous, l’idée du gratuit s’est installée. Comment motiver un jeune lecteur à payer pour une information qu’il estime pouvoir trouver en trois clics ?

Et puis la pub a disparu. Pchittt, envolée, la fameuse publicité, honnie par de nombreux journalistes qui ne vivaient que grâce à elle. Comment voulez-vous dans ce contexte là que nos canards s’en sortent ? Et comment peuvent-ils faire autrement que de noyer leurs pigistes ?

D’ailleurs, noyés, les pigistes le sont à petites doses depuis des années, pour une autre raison. Il existe une tendance totalement surréaliste de par chez nous : le prix du feuillet n’a pas bougé depuis 20 ans. Et encore ! Il tend depuis deux ans à diminuer fortement. Comment est-ce que cela est possible et accepté ?

En voilà de nombreuses raisons de se laisser aller au blues. C’est ça la vie finalement. Savoir que c’est fini pour entamer de nouvelles aventures. Car dans le milieu des pigistes, ça bruisse. Et toi, tu vas faire quoi après ? Ah bon, tu changes de job ? On cogite, on se remet en cause. On évolue quoi ! Ce serait bien que la presse nous suive, non ? 

Pour les fans d’Eddy, un petit rappel J :


 

Par Laure / La Rédac Nomade - Publié dans : Vive la pige (enfin pas toujours) - Communauté : journalistes pigistes
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