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Vive la pige (enfin pas toujours)

Lundi 23 mars 2009

Urgent, pressé et speed : voilà trois mots qui sont censés caractériser le soit disant rythme infernal des journalistes. En tant que pigiste, on a vite fait de relativiser cette agitation frénétique permanente des rédacs. C’est d’ailleurs très amusant de voir comment l’urgence est interprétée différemment dans les titres pour lesquels on bosse.

Le pire, quand on est soi même débordée de travail, ce sont les quotidiens qui vous commandent un dossier hyper pressé qui doit être rendu sous une semaine. « C’est pour hier, tu comprends ? Je n’ai pas le choix, je me suis mal organisé. Si tu acceptes, il faut absolument assurer le délai. »

C’est ce qui m’est arrivée avec un titre online que je connais bien. Je sais qu’ils travaillent en fil tendu, et qu’en général, une fois l’article rendu, il paraît trois jours après maximum. Alors, j’ai respecté le deal bien sûr, mené une bonne enquête, bossé le week end par conscience professionnelle et surtout pour ne pas faire déraper la chaîne de relecture et de mise en ligne.

Au final, toute fière, j’ai rendu mon dossier le jour et l’heure dite. Pas de nouvelles, bonne nouvelle... Une bonne semaine plus tard, un petit e-mail était tombé : « Ah au fait je ne t’oublie pas mais je suis débordée ! Je reviens très vite vers toi par rapport au dossier. »


Je me suis retrouvée dans cette situation en novembre dernier, il y a donc quatre mois. Et le dossier a été mis en ligne aujourd’hui… De quoi devenir définitivement zen face au stress urgentationiste des rédactions !
Laure.

Par Blog de La Rédac Nomade
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Jeudi 20 novembre 2008

L'autre jour j'ai reçu un courrier un peu étrange, signé du GIP Info Retraite, dont la première phrase commence par vous rappeler votre date de naissance. Dans les feuilles suivantes, nombreuses et  toutes recto verso, j'y ai découvert la longue litanie de mes collaborations depuis plus de 20 ans de journalisme, les montants en francs puis en euros, les employeurs récents et ceux préhistoriques, disparus. Drôle de retour en arrière.

En regardant plus près, j'ai compris que c'était un courrier d'information rendu obligatoire par la réforme des retraites de 2003 qui progressivement va faire des états réguliers sur nos points retraite dès l'âge de 35 ans. Vu le boulot que ça représente pour notre organisme collecteur (Audiens), surtout avec ces pigistes multi-employeurs, ils commencent par faire un bilan à mi-parcours. C'est mon cas visiblement, ayant appris que j'avais 80 trimestres au compteur sur les 160 qui donnent droit à retraite "normale", auxquels il faudra rajouter 4 trimestres de plus à partir de 2012.

Instructif, ce courrier m'a appris aussi, grâce à la valeur du point retraite complémentaire (Agirc et Arcco), pour une fois clairement indiquée, que j'avais droit d'après mes calculs pour l'instant à une retraite de l'ordre de 400 euros mensuelles. Super. J'ai encore 84 trimestres pour faire mieux. Vous parlez d'une motivation, même si notre génération ne se fait plus trop d'illusions sur nos fins de carrière.
Autre enseignement, en tous cas pour mon matricule, les points rapportés par mes escapades comme cadres me sont finalement moins gratifiants en valeur que ceux gagnés comme journaliste de base. Allez comprendre. Une question : et si on décède avant, tous nos jolis petits points s'envoleront en même temps que nos cendres? Amis pigistes, profitez de la vie, écrivez des bouquins à succès, ou trouvez-vous un conjoint haut fonctionnaire. Surtout si vous êtes plus cigale que fourmi.

Pierre

Par Pierre
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Mardi 18 novembre 2008

 

L’argent est tabou chez les journalistes, c’est bien connu. Pourtant, être indépendant c’est gagner sa croûte par soi même ! J’ai étonnamment trouvé sous la plume de l’auteur japonais Haruki Murakami, dans « Danse, danse, danse », traduit par Corinne Atlan, quelques clés de la richesse du journaliste ou rédacteur indépendant.

 

Le personnage ex publicitaire (un détail qui a son importance ;-) est en manque de boulot et décide de relancer son carnet d’adresses pour se réintégrer dans la vie active. Le voilà qui se met, sans l’avoir précisément demandé, à rédiger des articles « bouche trou pour brochures d’entreprise ou magazines de relations publiques. » Sa réputation de rédacteur acceptant tout, quel que soit le prix et le désintérêt du travail demandé, le conduise aussi à faire de la presse, en particulier féminine.

Voilà la vision de son nouveau métier : « La moitié – au bas mot – des articles que je devais écrire ne voulait rien dire et ne pouvait être utile à personne. C’était vraiment gâcher de l’encre et du papier (…). Dépourvu de toute ambition et de tout espoir, je me contentais de faire jusqu’au bout, systématiquement, ce qu’on me disait de faire. Pour être franc, il m’arrivait de me demander si je n’étais pas en train de gâcher ma précieuse existence. Mais je parvenais toujours à cette conclusion : il était absurde de me plaindre de gâcher ma vie alors que je gâchai moi-même tant d’encre et de pulpe de bois. Après tout, on vivait dans une société capitaliste de consommation à haut rendement, où le gâchis était la plus grande vertu. »
A propos de la presse féminine, le personnage relate aussi son expérience « d’interviews » d’artistes : les interviewés répondent tous la même chose, leurs managers exigent les questions avant la rencontre, et on se demande s’ils sont capables de s’exprimer seuls.


Conclusion de cette pratique systématique et minutieuse du métier de rédacteur - le personnage est consciencieux et tente de mener de vraies enquêtes approfondies avant de livrer ses articles - : un emploi du temps surchargé et de l’argent qui s’entasse sur son compte en banque. Murakami donne en filigrane pendant les deux ou trois pages consacrées à ce descriptif (tout ceci est anecdotique dans le livre) quelques pistes précieuses pour devenir un pigiste riche...

 

  • Première clé : soigner sa réputation. Et ça se fait à force de professionnalisme associé à la rapidité d’exécution et à un enthousiasme relatif. « Je n’étais pas difficile et acceptais tout ce qu’on me demandait, je rendais mes articles en temps voulu, ne protestais jamais quoi qu’il arrive, et j’écrivais lisiblement. »
  • Seconde clé : faire du hors presse, souvent bien mieux rémunéré que la presse : de la rédaction pour des journaux internes ou clients, des livres blancs, voire du publi reportage. Autant de missions souvent ennuyeuses à mourir, non valorisantes mais parfois financièrement très alléchantes. Car pour une fois, l’argent n’est pas tabou : on peut négocier le prix et les modalités de réalisation (là pour le coup le personnage de Murakami ne négocie jamais).
  • Troisième clé : devenir indispensable. Le pigiste expert par exemple a souvent un compte en banque confortable. Grand connaisseur d’une thématique, incollable sur tels types d’actualité, vous voilà le référent d’un ou de plusieurs journaux sur une thématique, The specialist. Une autre manière de se transformer en intervenant indispensable : accepter les sujets les plus rugueux, ceux dont personne ne veut ! « Tous les articles pour lesquels on ne trouvait personne me revenaient invariablement. Tous les trucs compliqués et susceptibles d’amener des ennuis. J’avais acquis au sein de la société un statut comparable à celui d’un casse de voitures situé à la périphérie de la ville. Quand quelque chose ne marchait pas, on venait le jeter chez moi. »
  • Et voilà que s'ouvre le sésame de la richesse : la fidélisation ! « Je prenais des rendez-vous avec beaucoup de gens,je déjeunais avec eux, ils étaient trés aimables avec moi, et me promettaient davantage de travail à l'avenir

Bien sûr je vous souhaite de devenir l’expert que tout le monde s’arrache en presse, à l’œil alerte et la liberté respectée quoi qu’il fasse et demande. Mais en cas de crise financière personnelle, il vous reste en option de revêtir l’habit ponctuel de l’exécutant efficace non rebuté par des sujets et publications lus par personne ;-) Non, toujours pas tenté ?
Laure.

Par Laure.
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Vendredi 24 octobre 2008

Certains chefs de rubrique (pas tous, bien heureusement !) ont l’esprit quelque peu obtus. Un pigiste est nécessairement un journaliste débutant ou sortant d’école, pensent-ils, sûrs de leur fait et de leur bien pensée. Ne les décourageons pas, ils croient tellement bien faire ;-)


Avec un peu d’expérience, ça se ressent dés le premier rendez-vous téléphonique : ils n’ont pas l’habitude de bosser avec des pigistes et ils estiment qu’il va falloir les former, ces pt’its jeunes. Vous passez outre, proposez un sujet qui est accepté, menez rondement votre enquête et rendez votre papier. Pas de retour. Enfin, même pas un petit e-mail de retour que toute personne humaine envoie par correction, même à un prestataire, pour dire : merci, j’ai bien reçu. La position hiérarchique doit certainement s’imposer dés le départ.


15 jours plus tard, une réponse, enfin : « J’ai corrigé ton article (appréciez le terme ;-) et te renvoie mes remarques dans le document ci-joint. Je t’appelle au plus vite pour en discuter avec toi. » Vous ouvrez le document en question et là le fou rire vous gagne. Vous voilà revenu à l’école. Vous savez, pas l’école sympa de la cour de récré, non non non. Celle du professeur qui griffonne en rouge souligné d’un trait. Vous vous étonnez presque qu’il n’y ait pas de note en haut de la page.

Petites perles au hasard en gardant exactement la mise en forme – si vous en avez d’autres n’hésitez pas ! - :

AS-TU VERIFIE ?

[Commentaire du pigiste expérimenté : heu non c’est pas ça du tout, j’ai tout inventé tu sais]

??? C’EST QUOI ???,

[Magnifique série de points d’interrogation, qui souligne le manque de culture générale de mon ami chef de rub]

FORMULE LOURDE

[Soit, c’est juste le meilleur expert du secteur qui l’a utilisé]

CROIS TU TOUJOURS ETRE DANS l'angle ?
[C'est vrai, tu as raison, je ne suis plus dans l'angle que tu avais dans la tête avant même que je ne commence l'enquête]

Vous pensez que j'ai la grosse tête et que je ne sais pas remettre en question ? Que nenni. En bossant avec moult canards, on apprend vite où se situe la barrière entre qualité d’écriture et d’enquête et bâclage. Et en l’occurrence, le papier rendu se situait du bon côté de la barrière. Bien sûr tout mérite amélioration mais c’est tout de même étrange que dans tous les autres canards, ce genre de jeté de copie ne se pratique pas.


Conclusion de cette petite expérience (heureusement rare) : vous vous enfuyez à grandes enjambées ! Car l’intérêt formidable du pigiste est tout de même de choisir les personnes avec lesquelles il a envie de bosser. Fallait-il entamer une discussion avec le prof en question ? Oh non, ce serait encore un peu plus de temps perdu ! Vous rendez fissa les corrections, en évitant la discussion téléphonique longuette et inutile : l’écrit était déjà suffisamment explicite ;-) Et vous appréciez encore plus les chefs de rub normaux, ceux qui ne se prennent pas pour de (mauvais) profs.
Laure.

Par Laure.
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Lundi 20 octobre 2008

En presque 8 ans de métier, je n’avais jamais eu l’occasion de vérifier l’épouvantable réputation faite aux attachés de presse, mes rapports avec cette profession étant plutôt satisfaisants, toujours d’un bon niveau professionnel.
Et bien ça y est, c’est fait, je l’ai trouvée The attachée de presse, de celle qui vous hirsute immédiatement le poil, et vous donne envie de la baffer. Ayant obtenu un rendez-vous en direct avec un des « poulains » de la dame, que je ne connais absolument pas, j’ai la surprise de recevoir un mail de sa part m’indiquant qu’elle avait appris ma prise de contact et qu’elle était « curieuse de noter que vous travaillez pour CBNEWS et que ce sujet vous intéresse. En effet je pensais que vous étiez plus intéressée par des thématiques touristiques. Dans l’attente de votre retour.»  Curieuse de noter que je travaille pour ce mag… (et sans la prévenir ! Quelle horreur !), moi qui suis censée ne m’intéresser qu’au tourisme (une journaliste qui ne rentre pas dans les cases… ça va drôlement compliquer son fichier clients tout ça !). 
Finalement c’est bien le blog, ça m’a permis de ne pas lui répondre en direct en me disant que ça me ferait enfin un sujet à partager avec vous !


Sabine

Par Sabine
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Lundi 13 octobre 2008

L'indépendance c'est beau, ça paye pas beaucoup mais le journaliste pigiste est libre de toute pression hiérarchique, libre de faire ses enquètes sans entraves, seul pilote à bord.
A un petit détail près : quand vous vous dénoncez les abus d'un lobbie ou d'une multinationale, l'arme suprême est de vous attaquer au portefeuille. Le pigiste n'a pas les reins solides, et bénéficie rarement des avocats d'un groupe de presse. Plusieurs journalistes "franc tireurs" chevronnés en ont vécu l'amère expérience, un Japonais et un Français (Denis Robert, condammné à 12 500 euros pour une interview pas franchement diffamante datant de plus de deux ans )... La prise de risque est réelle et pourtant nécessaire dans ce métier.

Pierre

Par Pierre
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Jeudi 9 octobre 2008

A force de faire des papiers sur le stress, je me demande quel est le niveau de stress chez nous, les journalistes. Il y a quelques années, les rédactions ressemblaient à de vastes fumoirs. Café et cigarette, telle est la drogue du journaleux. Maintenant c’est passé de mode, enfin la cigarette du moins.
Quelques affaires de morts de blogueurs aux Etats-Unis ont mis en valeur la difficulté d’exercer un métier particulier : celui de veilleur de l’information, paniqué à l’idée de ne plus être à la page, obligé de suivre sur son portable les dépêches qui tombent, angoissé pour écrire la première phrase de son enquête ou de sa brève, inquiet des réactions de ses lecteurs. Un drogué de l’info, un overdosé de l’actualité, un maniaque de la remise à jour. On parle de qui là : des blogueurs ou des journalistes ?
Alors je lance l’idée à une société d’études : quel est le niveau de stress dans les métiers de la presse ? Les résultats pourraient nous faire peur.
Décidément vive l’indépendance ! On évite au moins le stress hiérarchique, celui de l’open space, celui des heures de pointe et celui d’être bloqué en réunion à l’autre bout de la ville alors que le petit dernier fait un pic de fièvre à l’école.



Laure

Par Laure.
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Vendredi 26 septembre 2008

Une petite rubrique récurrente, version écrite ou vidéo, que nous allons bientôt lancer !
Régulièrement, un acteur de la presse, journaliste, redac chef, icono, maquettiste, répondra à quelques existentielles questions...
A trés bientôt !



Par La Rédac Nomade
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Lundi 1 septembre 2008

Ca paraît simpliste, mais c’est exactement ce qu’il m’est arrivé à la mi-avril. Je reçois d’abord un petit mail intitulé « Journaliste France 2 ». Etrange comme titre de message. J’imagine que le journaliste en question voulait être sûr que je ne prendrai pas son mail pour un spam. Soit. Même si ça paraît un peu hautain. Ou mytho. Car en fait, ce confrère ne bosse pas vraiment pour France 2, mais pour une agence de presse qui a reçu une commande d’Envoyé Spécial. Le sujet portait sur Chypre. Et évidemment, il est tombé sur le reportage que nous avons réalisé avec la photographe Barbara Laborde sur la prostitution dans les cabarets chypriotes, paru dans Le Nouvel Obs.
Rendez-vous dans un bar pour voir un peu ce que veut le bonhomme. On discute des grandes lignes de notre sujet, en fait de tout ce qu’il aurait pu savoir s’il avait un minimum lu l’article et tapé trois mots sur Google.
Et vient la question fatidique : « bon, tu peux me filer le numéro de X et celui d’Y. Et celui de Z aussi. » Ah oui, j’oubliais : juste avant, je lui avais demandé s’il n’avait pas besoin de l’aide de l’une d’entre nous sur place. Réponse : « non, tu sais, si on prend un fixeur, on prendra un local, c’est normal. » Oui, ça se tient. Mais comment dire… Les contacts de X, Y et Z sont le résultat de beaucoup de travail, de deux voyages, et d’un poil d’inconscience. Tout ceci n’étant que peu rémunéré avec le prix des piges actuelles.
Alors voici la question qui tue : que proposait-il en échange de toute notre investigation dans le milieu de la prostitution chypriote ? Sa réponse : la recommandation auprès de son rédacteur en chef, si nous avions un sujet vraiment fort et nouveau. Autrement dit : on lui envoie le sujet de l’année et lui le transmet au red chef. En plus de nos contacts chypriotes. Heum, je ne suis pas spécialiste, mais ça sent un peu l’arnaque, là, non ?


Cécile

Par Cécile
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